« Le corps, une voie vers soi »

J’ai pu expérimenter dans mon cheminement personnel et mon expérience avec les personnes que j’accompagne, que les réponses à nos schémas répétitifs, nos croyances limitantes, et nos symptômes, psychiques et physiques, se trouvent au cœur de soi… dans la mémoire du corps.

Le corps, gardien de notre histoire 

Bien avant de tenter de le comprendre avec son mental et sa raison, l'homme appréhende le monde à travers ses sensations. Le corps est l’interface privilégiée du fœtus, puis du nourrisson, pour découvrir et entrer en relation avec son environnement.

Dès sa conception, le fœtus capte un grand nombre d'informations à l'aide de ses cinq sens qui apparaissent et se développent au cours de sa croissance in-utero. Ces informations sont enregistrées et stockées dans la mémoire cellulaire, sorte de base de données corporelle inconsciente. Après la naissance, le nourrisson continue son exploration sensorielle du monde, et développe au cours de ses interactions, un registre de plus en plus varié d'émotions (réactions instinctives, provoquées par des besoins satisfaits ou non). Ces nouvelles informations sensorielles et émotionnelles viennent à leur tour enrichir la base de données cellulaire, alors que le bébé n'est toujours pas en capacité d’analyser ni de rationaliser ses expériences. 

Cette mémoire corporelle est inconsciente, c'est à dire qu'elle n'est pas immédiatement accessible aux souvenirs, et qu'elle est "brute, physique", en attente de sens. Et cependant, elle va devenir le socle sur lequel se construit le rapport au monde du petit enfant, le filtre au travers duquel il va percevoir les évènements de sa vie.

Alors que l’enfant devient adolescent, puis adulte, son développement est influencé par sa mémoire cellulaire. Elle influence ses comportements, ses réactions, guide ses choix professionnels et relationnels, transforme même jusqu’à son corps qui, peu à peu, devient le reflet, la manifestation physique, de son histoire émotionnelle. Elle peut même aller jusqu’à l’enfermer dans des schémas répétitifs, des croyances limitantes, lui donner l’impression de ne pas contrôler sa vie, d’être agi par-delà sa volonté. 

A cette mémoire cellulaire personnelle liée au début de vie, il est important d’ajouter que le corps porte aussi les traces de l’héritage transgénérationnel : nous sommes les fruits de nos ancêtres, qui nous ont transmis non seulement la couleur de leurs yeux, mais aussi leurs traumatismes non guéris et leurs secrets non avoués…. 

Nous sommes les descendants-récipients de cultures, de pays, de genres, etc. Et si notre âme nous survit, alors, qu'en est-il des mémoires qu'elle a accumulées au cours de ses différentes expériences? 

Mais alors, notre corps serait-il une prison dans laquelle nous n’avons pas d’autres choix que de répéter les histoires dont nous avons héritées ?

Le corps, clé de notre libération

Si le corps véhicule cet inconscient cellulaire à l'origine de nos conditionnements et de nos blocages, il est aussi le détenteur d'une sagesse profonde et innée, d'une intelligence à la fois intime et universelle, qui, si on se donne la peine de l'écouter, pourrait bien être la clé de notre transformation.

A travers un dialogue subtil, fait d'émotions, de ressentis, de symptômes, de maladies, d'intuitions (ce fameux 6e sens), notre corps nous envoie sans cesse des signes. Tel un guide sage et patient, il travaille sans relâche à nous mettre sur la voie de notre réalisation. 

Mais souvent nous n'avons pas appris à décoder ce langage corporel, à lire cette boussole interne. Bien au contraire, très tôt dans l'enfance, on nous a appris à ne pas nous écouter, associant la sensibilité à la sensiblerie, la souffrance à la malchance. Au fil de la vie, on s’est coupé de notre corps et de nos ressentis, revêtant cuirasses et autres carapaces pour continuer à « avancer », tant et si bien qu'on a fini par devenir étranger à notre propre corps et à ses messages. 

… mais avancer vers où, pour quoi, pour qui ?

Et si c'était justement parce qu'on ne s'écoute pas qu'on a mal et qu'on tourne en rond dans des histoires qui ne nous conviennent pas ? Si la souffrance était porteuse de sens ? Et si c'était notre âme qui nous parlait à travers notre corps ? Lui qu'on a si souvent dénigré, caché, maltraité, voir oublié, … serait-il le meilleur allié de notre réalisation ? Le corps serait-il le meilleur ami de notre âme ?

Selon le mythe du « guérisseur blessé », porté par Chiron, dans la mythologie grecque, ou les chamanes dans de nombreuses cultures, la souffrance est une étape initiatique, qui permet d’accéder à son pouvoir intérieur de guérison.

Renouer le dialogue avec son corps devient alors un enjeu vital pour notre santé et notre épanouissement, la clé vers la guérison et la libération.